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Solutions: conscience

Sortir de la roue des illusions

dualityDepuis le début de la crise du Coronavirus, je me suis beaucoup agitée. Je me suis sentie comme un hamster qui tourne dans une roue jusqu'à l'épuisement! J'ai épluché des vérités sur l'origine du virus, le sens de la crise, j'ai cherché des criminels, dénoncé la manipulation, je me suis méfiée de BlackRock, Macron, Bill Gates, les néo-libéraux ou BigPharma. J'ai vu un filet se jeter sur la Terre et des foules sombrer dans la folie. Un jour, j'ai applaudi le Président Trump, le lendemain, je l'ai critiqué. Sur ce site, j'ai partagé des centaines d'articles et de vidéos pour lever le voile sur les injustices et les mensonges. C'est tout du moins, ce que je croyais. Car aujourd'hui, mon soleil est rentré à la maison.

Pendant trois mois, j'ai tourné dans tous les sens la question des vaccins, de la 5G ou de l'application de traçage anti-Covid. J'ai plongé au coeur de la désinformation, j'ai pris parti pour ceci et contre cela. J'ai passé des nuits à me retourner dans mon lit, à envoyer et à recevoir des milliers de messages jusqu'à l'indigestion. J'ai défendu des lanceurs d'alertes, partagé quelques théories conspirationnistes souvent plus honnêtes et percutentes que la vision des médias conventionnels. Je me méfiais de tout, jusqu'à lever les yeux au ciel pour scruter avec inquiétude les traces laissées par des avions, le jour comme la nuit, pendant le confinement. Chemtrails? Poison? J'ai passé quelques nuits sous les étoiles dans l'espoir d'y percevoir un OVNI ou une main tendue qui viendrait de là-haut. Mais qui pour m'aider à y voir clair sinon moi-même?

Hormi le personnel soignant, les médecins et les pharmaciens, j'ai jugé ceux qui se cachaient derrière un masque de protection, les soupçonnant de docilité face à une pandémie que je perçois comme une immense mascarade et une tentative d'asservissement de l'Homme. Je me suis révoltée contre certaines mesures sanitaires que je considérais plus nuisibles et meutrières que le virus lui-même. Je me suis fâchée avec quelques amis, d'autres m'ont momentanément tourné le dos. J'ai demandé pardon. J'ai pardonné aussi. Je conduisais trop vite, je jurais dans les giratoires et j'imposais mon point de vue à chaque carrefour. J'étais devenue irrascible. J'ai créé un potager, fait des provisions pour trois mois et j'ai boudé ce méchant monde. Je ne m'aimais pas dans le miroir, j'avais renoncé au mascara et à me cuisiner de bons petits plats pour du pain et du fromage. Je faisais aller frénétiquement ma petite roue mentale jusqu'à l'étourdissement. Un peu comme un effondrement de civilisation à l'échelle de l'individu.

STOP au bavardage
Et puis, il y a quelques jours, je me suis assise au bord d'une rivière et je me suis dit: "Isabelle, où est passé ta joie légendaire? Que sont devenus tes rires?" Happée par les questions et les réponses, broyée par la croyance qu'il était urgent de sortir le monde de sa détresse, de protéger mes amis et ma famille, d'informer mes lectuers, j'avais perdu en chemin mes bonbons colorés et mon inébranlable bonne humeur. 

Alors, au bord de l'eau, j'ai fait un arrêt sur image. Et j'ai respiré. A quoi bon ces gesticulations? Vers quoi? Pour qui? Pourquoi? Plus les questions se bousculaient en moi, plus je sentais m'éloigner de ma vérité et de ma joie. J'avais besoin de silence. Alors j'ai fermé mes groupes whatsapp, j'ai dis STOP aux vidéos anxiogènes en boucle, aux informations anxiègènes sur les grandes chaînes, aux donneurs de leçons (dont moi), aux décryptages de la gestion de la crise, aux moult experts et à mes propres injonctions. J'ai décidé de cesser de regarder ce qui se passe à l'extérieur, non seulement sur la scène du monde mais aussi au niveau de mes pensées, d'arrêter de me préoccuper pour quelqu'un ou quelque chose. De me tyranniser.

En plein solstice d'été, je commence peu à peu à remettre le curseur de mon attention sur ma vie intérieure. J'ai capitulé sur toutes mes revendications, car elles prenaient pied sur du sable. J'ai compris que je devrais désormais traverser les épisodes de ma vie dans le détachement et la distanciation, non pas sociale, mais des événements. J'ai réalisé que le silence, l'authenticité et la paix intérieure étaient les seuls sauf-conduits valables pour traverser harmonieusement le présent et l'avenir. J'ai compris qu'il n'y a qu'une seule façon de me réveiller de ce cauchemard, c'est d'arrêter de rêver. Je ne parle pas du rêve qui nous élève mais celui du dormeur. 

0 culpabilité
Se réveiller, c'est plonger dans cette hypnose collective pour l'intégrer douloureusement et l'alchimiser avec amour. Cette plongée en eaux troubles, dans les critiques, les règlements de compte, les révélations et les engueulades, c'est ce que les poètes et les philosophes appellent la "nuit noire de l'âme". Elle se vit aujourd'hui à la fois sur le plan personnel et collectif, ce qui explique pourquoi elle fait si mal.  Je pense que cette traversée de l'enfer par le discernement est un passage obligé à tout être qui veut devenir libre au-delà des mots et des concepts. Il faut ouvrir les yeux pour avancer. Il n'y a donc pas à se juger ni à culpabiliser. Des complotistes et des lanceurs d'alerte, j'honore le travail de recherche, la soif de vérité, de justice et le courage de dénoncer les abus. Je me démarque d'eux cependant quand ils font porter la faute à d'autres et renforcent la division. Car ensemble nous avons crée un système et des réalités qui nous tiennent en esclavage et qui asservissent d'autres individus.

Oui à l'observation neutre
Je veux apprendre désormais à "rester tranquille " dans ma tête et dans mes émotions, à ne plus réagir aux provocations, ni aux décisions des uns et des autres. Ni dépendre des humeurs de quelqu'un  d'autre que moi pour m'autoriser à vivre ma joie. Toucher à la beauté de la vérité et de l'amour nécessite, je crois, que l'on s'y entraîne à chaque instant. C'est un peu le "Parcours Vita" de la conscience. Il faut "muscler" son esprit à laisser être ce qui est, dans la confiance et la gratitude. Accepter l'innacceptable, ce n'est pas être indifférent aux malheurs du monde. C'est ouvrir grand son coeur pour absorber nos mémoires personnelles et nos constituants éphémères, comme les trous noirs aspirent les étoiles mourantes. Oui, j'ai perçu les mensonges et les manipulations en moi comme au dehors. Or, de tout temps, il y a eu des abus et des guerres. Ne faut-il pas finalement accepter l'absurde comme une constante dans le monde ordinaire? Et trouver l'extraordinaire en soi?

Aujourd'hui, j'entrevois timidement que dans ma forme, il n'y a peut-être personne. Juste de la conscience qui se déploie à perpétuité. Une conscience qui s'expérimente par la dualité, les polarités et les contrastes. Je réalise que l'on peut accélérer ou ralentir la bobine du film de l'Histoire mais qu'il est vain d'en changer le scénario. C'est très appaisant au fond! Il n'y a plus rien ni personne à sauver! En faisant 100% confiance en la vie, on se dit que peut-être, au-delà des sévices ici-bas, des équilibres s'ajustent. J'apprivoise peu à peu l'idée qu'il est bon d'accueillir la Vérité derrière toutes les vérités, blanches ou noires, sucrées ou salées. Je veux rester dans la posture de l'observateur, neutre et calme.

Pendant trois mois, comme tout le monde je crois, j'ai été secouée comme un bateau de papier sur un cours d'eau turbulent.  Parce que je me suis agrippée à mes certitudes. Parce que j'ai découvert des réalités planétaires abjectes. Je me suis payée un tour en train-fantômes parce que j'ai cru aux monstres, alors qu'ils n'étaient peut-être que les marionnettes d'un artiste bienveillant.  Qui sait? En tout cas moi, comme disait Jean Gabin, "je sais que je ne sais plus rien..."

Aujourd'hui, que ma scène de théâtre soit triste ou joyeuse, je veux apprendre à être dans le même sourire intérieure. Je veux savourer la simplicité des petits bonheurs quotidiens, de la forme des nuages en passant par l'odeur du pain grillé le matin, un bon bouquin ou une averse sans parapluie; les cris et les rires des écoliers sous ma fenêtre, et même la mauvaise humeur d'un voisin ou les critiques d'un ami. Et je souhaite que la joie, partagée avec tant de ferveur à travers Joy for the Planet en 2018, ne me quitte plus!

D'ailleurs, dès le mois d'août, je reprends la route pour une nouvelle aventure journalistique en Suisse à bord de mon camping-car Begoodee et avec mon chien Lovski. Le silence sera mon essence, et la paix sera l'huile dans mon moteur. Pour offrir de l'amour au kilomètre...

Texte et dessin: Isabelle Alexandrine Bourgeois

 

 

 

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Mots-clés: Spiritualité, Humanité, Best of, Remèdes naturels