Contes initiatiques

Les dragons

Il était une fois et une fois il n’était pas.

L’empereur de Chine était très fier d’être empereur, très fier de la tâche qui lui avait été confiée. Aussi, un jour, décida-t-il de faire peindre une toile à sa gloire d’empereur. Sur cette toile : deux dragons, un rouge comme le soleil quand il s’étire de sa nuit et un jaune, comme le soleil quand il regarde le monde de tout en haut. Des confins de la Chine, il fit venir le meilleur peintre de tout l’empire : le peintre Tuo Lanka. L’empereur attendit impatiemment la venue du peintre mais la route était longue et le chemin sinueux. Au bout de plusieurs semaines quand enfin celui-ci arriva, ses premiers mots furent pour dire que la toile ne pouvait être peinte maintenant. Le peintre, pourtant d’un âge avancé, n’était encore qu’un enfant et sa peinture sans force, il avait grand besoin de s’exercer. 

« Permettez-moi de me retirer dans les montagnes quelques temps afin de m’exercer et peut-être qu’alors mon humble peinture sera à la hauteur de votre demande. »

L’empereur attendit sept ans.

Les trois premières années, il fit tisser la toile et les quatre suivantes, il attendit des nouvelles de Tuo Lanka. Les sept années écoulées, l’empereur envoya un messager chercher le peintre… mais le peintre n’était pas prêt.

L’empereur prit son mal en patience, attendit encore, un an, deux ans, trois ans et bientôt, sept nouvelles années étaient passées. L’empereur renvoya son messager…. mais le peintre n’était pas prêt. L’empereur tournait en rond, passait et repassait devant la toile, imaginait les dragons, le son de leurs ailes, le souffle de leurs gueules. A nouveau sept années s’écoulèrent, au bout des quelles, l’empereur en personne alla chercher Tuo Lanka. Et le peintre était prêt.

Devant la toile posée au sol, il prépara tranquillement ses ancres. Rouges et jaunes. Il prit un pinceau dans chaque main qu’il trempa dans les encres. Il se concentra longtemps en respirant doucement et vivement traça deux traits, un rouge et un jaune et reposa ses pinceaux. Le peintre se tourna alors vers l’empereur. « J’ai fini. » L’empereur s’approcha, un peu étonné de la rapidité d’exécution et regarda la toile. Devant lui, deux traits. Des dragons, rien, pas même une écaille. Et trois fois sept années qui s’étaient écoulées.

L’empereur sentit en lui la colère monter, de son ventre à son cœur, de son cœur à sa bouche et des ordres en jaillirent comme autant de flammes. « Qu’il disparaisse de ma vue, que l’empire de Chine oublie jusqu’au nom du peintre qui osa se moquer de l’empereur ! » Et Tuo Lanka fut conduit dans le plus sombre des cachots, sans nourriture et sans eau.

Seulement, cette nuit là, l’empereur ne parvins pas à dormir. Il se tournait et se retournait sans cesse et ses pensées vagabondaient vers les deux traits sur la toile. Si bien qu’au beau milieu de la nuit, il se leva et alla voir la toile. Longtemps il la regarda. Au moment où le sommeil s’apprêtait à le bercer dans ses bras, sur la toile apparut…une patte, deux pattes, des griffes, des écailles et des gueules qui s’ouvrent et des ailes qui se déploient. Et sur la toile se ne sont plus deux trait mais deux dragons qui s’étirent de tout leur long et s’envolent dans le ciel. Un rouge et un jaune.

Au petit matin, l’empereur sella son cheval et galopa jusque dans la montagne. Devant la grotte dans laquelle le peintre s’était retiré, il alluma une bougie et entra. Sur le mur de gauche, juste à l’entrée étaient peints deux dragons. Aucun détail ne manquait, pas une griffe, pas une dent et dans leurs yeux brillait une telle lumière, leurs traits étaient peints si finement qu’ils paraissaient vivants. A côté, deux autres dragons, puis deux autres et encore deux autres et sur les murs de la caverne, il y avait autant de dragons rouge et jaune qu’il y a de jours en trois fois sept années. Au fur et à mesure des peintures cependant, les contours des dragons devenaient plus flous, les corps plus esquissés, les détails moins tracés et tout au bout, tout au bout sur le mur de droite, il y avait deux traits. Un rouge et un jaune.

L’empereur rentra au palais et lui-même descendit toutes les marches qui menaient au cachot. Il ouvrit la lourde porte et derrière l’attendait le peintre Tuo Lanka, tranquille et souriant. L’empereur lui prit les deux mains et devant lui s’inclina humblement

Laureline Koenig

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