Contes initiatiques

Le bambou

Dans l’angle d’un jardin d’orient, poussait une bambouseraie dont les feuilles frémissaient au moindre souffle de vent. Au printemps, les jeunes pousses surgissaient de terre. Le maître du jardin aimait se promener en ce lieu et observer la croissance de tous ces nouveaux sujets. Parmi eux, il en avait remarqué un d’une exceptionnelle vigueur.

Depuis, il s’en occupait en personne, veillant à l’arroser abondamment, à lui donner l’air et la lumière nécessaires et en même temps, par de douces paroles, à encourager son développement. Le bambou, figurez-vous, s’était bien aperçu de tous les soins dont il bénéficiait. Heureux de tant d’attention, il s’efforçait de grandir, de grandir très vite et de se garnir de plus en plus de feuilles magnifiques.

Et maintenant, il était fier d’être devenu le plus beau et le plus haut de ses frères, les dépassant tous de près de deux mètres. Aidé par le vent, il frissonnait de plaisir sous le regard admiratif de son maître.

Un jour, lors d’une de ses visites quotidiennes, ce dernier le regarda de haut en bas, semblant le jauger, l’air préoccupé. Paraissant plutôt gêné, il se décida à lui parler :

- Tu sais que tu es la fierté de mon jardin et ta grandeur m’a donné l’idée d’un beau projet que je voudrais réaliser grâce à toi. Mais pour cela, il faudrait… oui, il faudrait te dépouiller de tout ton feuillage.

A ces mots, le bambou pâlit.

- Comment ? Perdre ma ramure ! C’est comme si on enlevait son plumage à l’oiseau, ses habits et sa couronne au roi. C’est trop me demander, moi qui, la nuit, rêve que mes feuilles deviennent des plumes et mes branches des ailes pour m’envoler avec de grands oiseaux dans le vent. Et pourtant, celui qui s’est occupé de moi tous les jours a parlé d’un beau projet…

Le maître le laissa réfléchir, seul.

Lorsqu’il revint dans l’après-midi, le bambou avait pris sa décision, il donnait son accord.

Cependant, au lieu d’être heureux, le maître semblait encore soucieux.

- Tu sais, je n’ai pas osé te dire, tout à l’heure. Pour ce que je voudrais faire avec toi, il faudrait aussi ouvrir ton cœur.

- Ouvrir mon cœur ? Comment cela ? balbutia le bambou, soudain très inquiet.

- Oui, ouvrir ton cœur et le creuser. Et pour cela il serait même nécessaire de te couper de tes racines originelles.

- Mais alors, je vais mourir !

- A ton existence limitée actuelle, certes, mais je te promets une vie nouvelle encore plus belle. Je voudrais que tu acceptes, même si tu ne comprends pas pour le moment. Ainsi, tu t’accompliras toi-même, en réalisant une grande œuvre pour les autres.

Fais moi confiance, cher bambou, fais moi confiance !

A nouveau, le maître le quitta.

Son cerveau bambousien était tellement bouleversé qu’il ne s’apercevait pas que le vent et les oiseaux jouaient dans ses branches avec les rayons du soleil déclinant.

Soudain quelqu’un l’interpella :

- N’aie pas de crainte, mon jeune ami, notre maître est un sage. C’est l’ami des plantes et des oiseaux. Regarde-moi. Certes, je n’ai plus de racines mais par contre je sers de tuteur à ce magnifique chèvrefeuille que le maître a planté. Maintenant le haut de ma canne est couronné d’un bouquet de belles fleurs dont la senteur embaume tout le jardin alentour. Un vieux bambou comme moi ne pouvait rêver mieux.

Le bambou distinguait à peine son interlocuteur de l’autre côté de l’allée au milieu de la végétation chèvrefeuillesque. Rasséréné par ce témoignage, il décida d’avoir foi en celui qui l’avait tellement choyé qu’il ne pouvait pas le tromper.

Le lendemain matin, quand le maître revint, le bambou lui fit part de sa décision :

- Maître, faites de moi ce que vous voulez.

- Tu peux m’appeler Père, parce que je suis le créateur du jardin et de chaque plant qui y pousse et parce que je respecte ta liberté. Comme je suis heureux de ton choix ! Je t’en remercie. Tu sais, tu ne le regretteras pas. Ta réponse positive est la phrase magique qui permet la réalisation de mes plans.

Et il s’en alla donner ses instructions à ses jardiniers.

Je ne vous pas encore conté quel était son projet.

En haut du jardin, coulait une source, une belle eau claire qui courait au milieu d’un chaos de rochers où beaucoup d’eau se perdait. L’idée du maître était de capter directement la source en utilisant un très long bambou pour franchir, d’un seul coup, le dédale des rochers. Ainsi pourrait se faire l’irrigation de tout le jardin sans perdre une seule goutte.

Ainsi fut fait.

Le bambou, lui, fut très heureux de sa nouvelle vie, heureux de vibrer par toutes les fibres de son corps grâce à l’eau vive qui le traversait, heureux d’être devenu canal de la source qui alimentait le jardin, permettant à ses frères et à toutes les plantations, de vivre et de s’épanouir.

Il ne cessait d’en rendre grâce à son maître.

Celui-ci contempla son jardin avec émotion… et ce dernier lui souriait par toutes ses fleurs comme il ne l’avait jamais fait auparavant, et par la danse des papillons multicolores et les battements d’ailes des oiseaux qui semblaient l’applaudir.

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